Un CDI chez Rose Bakery

Ceux qui me connaissent vous le diront, je ne suis pas la reine de l’engagement. J’ai horreur des rendez-vous pris à l’avance, des voyages organisés, des prévisions météo. La plupart du temps, si je vous demande la date ce n’est pas pour savoir quel jour on est mais le mois voire l’année !

Et pourtant, il y a bien une constante dans ma vie, un élément qui rythme mes saisons : mes visites chez Rose Bakery.

Je vous parle là de celui de la rue Debelleyme. Parce que j’ai testé les autres hein : rue des Martyrs, Maison Rouge à Bastille… Le cadre est toujours très chouette, la présentation des mets soignée et les serveurs/euses délicieusement exotiques (aaaaah cette petite pointe d’accent anglais !) mais rien à faire, c’est bien dans le Marais que la pâte des quiches est la plus succulente.
Que peuvent-ils bien ajouter aux ingrédients de base pour qu’elle ait ce petit goût de noisette, de cannelle ?
Où achètent-ils ces légumes complètement dingues en goût, comme s’ils avaient été cueillis la veille au soleil de Malte.
Et qui eût cru qu’une carotte grossièrement râpée et parsemée de graines de courge me ferait plisser les yeux de plaisir ?

Samedi dernier, après de longs mois d’abstinence, je me levais aux aurores (ah ben si 10h quand même !) bien décidée à être déçue par une baisse de qualité qui aurait réglé mon addiction une bonne fois pour toutes.
Ce ne serait clairement pas aussi magique que dans mon souvenir, je serais agacée par la longue attente avant d’être placée ou par l’extrême bobotude des clients (qui n’ont décidément pas compris que certains looks les enlaidissent encore davantage)… Bref, je n’aurais plus jamais envie de mettre les pieds dans cet antre du snobisme aux tarifs prohibitifs.

Et là, je suis tombée dans un piège infernal : après avoir tourné au coin de la rue de Bretagne, je constate que personne ne se morfond sur le trottoir. En même temps, je ne suis jamais venue un samedi, si ça se trouve c’est fermé, tant mieux ! – me dis-je dans un dialogue intérieur (oui, moi et moi discutons beaucoup).

L’air complètement détaché, je m’apprête à passer devant et à continuer mon chemin alors qu’en fait la file est à l’intérieur.
Les clients qui papotent tout contents d’avoir bouclé la semaine, les serveurs/euses qui s’activent dans le maigre couloir qui traverse la salle, le fumet que j’imagine déjà chatouillant mes narines… Et bim j’ai replongé !!

Je passe alors la porte tant de fois franchie, avec l’impatience des premiers rendez-vous amoureux.
Et tout est mis en œuvre pour me séduire : je suis assise en moins de 10mn, on m’apporte ce pain chaud avec sa motte de beurre qui prononce mon nom, comme avant.
Je distingue entre les vestes et les bras croisés mon graal sur l’étagère vitrée : la sélection de petites quiches carrées et les saladiers arc-en-ciel de fruits et légumes.
Rien d’autre ne m’importe que d’être réunie avec ma formule adorée !

Dans l’intervalle qui suit ma commande et précède le service, j’étudie les possibilités d’hébergement à Phnom Penh et je prête une oreille distraite aux médiocres analyses psychologiques que dresse un couple de quinquagénaires de leurs « amis ». Tout le monde y passe et je peux vous promettre que personne n’aura froid cet hiver !

Mon assiette arrive. J’ai l’impression que le volume des portions de salade a été revu en ma défaveur. Je commence déjà à froncer les sourcils mais c’est une excellente chose puisque c’est une déception que je suis venue chercher.

Je plante ma fourchette dans un brocoli, récolte une pistache et un filament de chou rave et porte l’ensemble à ma bouche qui tremble par anticipation.
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Ça croque, ça picote, c’est tendre, C’EST TROP BON !!!!

Je mâche 5, 8, 10 fois avant de reposer mes couverts et de me préparer aux betteraves et carottes rôties au miel puis à la quiche aubergine poivron rouge féta.
Et grand bien m’en prit !

Les fourchetées suivantes me transportent au pays des bisounours. J’ai envie de serrer les cuisiniers dans mes bras, de leur dire à quel point ils m’ont manqué, d’offrir à chaque personne présente dans le restaurant un carrot cake pour fêter mon retour parmi les bienheureux, les idiots, les fanatiques de Rose Bakery.

Il me faudra une heure pour terminer mon petit plat tellement j’ai dégusté chaque bouchée, fait durer chaque combinaison d’aliments sur ma langue.

En sortant, il faisait beau mais il aurait pu me tomber des seaux d’eau sur le crâne, rien n’aurait entaché le bonheur parfait de nos retrouvailles.
Un jour, je me tatouerai Rose Bakery Forever (mais je ne vous dirai pas où)…

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