La délicatesse

J’ai vu Tel père tel fils il y a des semaines et je n’ai pas réussi à écrire une seule ligne à ce propos jusqu’ici.
Pourquoi ?

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Parce que les œuvres de Kore-eda ne sont pas de celles qu’on analyse. On les ressent. On les vit. On les intègre. Et ensuite, enfin, on peut les évoquer sans chercher ses mots.
Que ceux qui ont vu le précédent, Nobody knows, me contredisent !

Dans ce bijou d’émotion, la direction d’acteurs était furieusement impressionnante. 4 enfants entre 3 et 12 ans d’une justesse telle que le plus grand avait obtenu le prix d’interprétation  masculine à Cannes (2004).

Dans le nouvel opus, on admire ce même talent du réalisateur qui transforme un chanteur pour midinettes (Masaharu Fukuyama) en un père des plus convaincants. D’ailleurs, je n’aurais jamais deviné de moi-même que ce type n’était pas comédien. C’est une amie qui a vécu toute son enfance au Japon, et avec laquelle j’ai vu le film, qui m’a envoyé une édifiante vidéo de sa précédente activité.
Flou artistique, voix suave et théâtralité garantis…!

On est, cette fois, un peu moins focalisé sur les petits. Bien qu’ils soient au centre de l’échange qui a eu lieu à la maternité, c’est surtout la réaction des papas que l’on observe. Blessés dans leur orgueil, réagissant en fonction de leur propre relation paternelle, catastrophés ou fatalistes, ils essaient de gérer la situation au mieux de ce qu’ils sont.

Et ce qu’ils sont parle aussi des classes sociales de leur pays. Cet aspect est peut-être le plus difficile à saisir pour nous autres occidentaux car, hormis le bel appartement contre le magasin défraîchi, les codes sont très subtils. Et les sous-titres ne marquent pas vraiment la distinction des registres de langue.

Il faut pallier à la méconnaissance de la société japonaise par une certaine sensibilité pour s’apercevoir que ce sont les non-dits qui en disent le plus.
Je me réfère notamment à la scène où Keita refuse de partir avec l’appareil photo familial…

Sans vous en dévoiler davantage, ce moment qui ne consiste qu’en un hochement de tête est essentiel au dénouement du film… qui se déroule lui aussi sans un mot. La magie du cinéma asiatique !

Tel père tel fils est encore à l’affiche mais sûrement plus pour très longtemps. Ne le ratez pas.

 

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