Les amants impassibles

J’ai eu envie d’aller voir Only lovers left alive sur photo. En feuilletant le magazine d’UGC et sans en lire une seule ligne, j’ai flashé sur la lumière de l’image qui illustrait l’article.

En regardant d’un tout petit peu plus près, j’ai reconnu Tilda Swinton dont j’approuve généralement les choix de carrière.

Quels rôles sublimes elle a déjà interprétés ! Notamment dans l’épatant Julia d’Eric Zonca, où elle incarne une alcoolique qui kidnappe un gamin sans avoir vraiment prévu la suite des événements. We need to talk about Kevin, il y a deux ans, m’a largement moins convaincue malgré le succès critique dont il a été auréolé. Plus récemment, dans l’assez mauvais Snowpiercer, elle brille encore par sa capacité de métamorphose.

Mais revenons à nos moutons… Ou plutôt à nos brebis -égarées- puisque l’on suit dans OLLA les pérégrinations du premier couple de l’humanité.

Réalisé par Jim Jarmusch, que peut bien donner un film de vampires ? Ne s’était-on pas posé la même question quand il avait décidé de faire de Forest Whitaker un samouraï (Ghost Dog) ?

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Eh bien la comparaison ne s’arrête pas là. L’atmosphère s’installe, se distille dans une cadence langoureuse, garnie d’errances nocturnes et de ruelles moites. Le rock est soyeux, les mouvements mesurés et les mots prononcés à voix douce.

On se délecte de la rencontre à l’écran de Tilda et John Hurt, assis à évoquer des siècles d’histoire et de littérature dans le port de Tanger.

Les poncifs du romantisme ? Oui, et assumés jusqu’au bout : l’artiste reclus qui passe son temps à vouloir se trancher les veines, dort nu près de sa belle sans jamais effleurer que ses cheveux, révolté par l’évolution de la société et nostalgique d’autres époques, la fidélité absolue entre deux êtres liés par le destin, qui survivent nonchalamment, las mais pas encore tout à fait prêts à lâcher prise.

Il ne se passe pas grand chose. Certainement pas plus que dans la vie de gens qui ont déjà tout vu, tout entendu et tout vécu.

On se contente (ou pas) de l’extrême esthétisme. On se laisse porter et on sort de la salle avec une belle agoraphobie !

Plus qu’un film, une expérience…

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