Imposture

Les Coréens auraient-ils plus de crédit que les Chinois auprès des gourmets français ? Si l’on en croit les stratagèmes que déploient ces derniers, la réponse est définitivement OUI !
Chez Chikoja par exemple, on se pare d’une enseigne aux caractères Hangeul et on se targue d’être spécialiste de soupes de la même origine pour attirer le chaland.
Une fois celui-ci ferré et attablé, on lui amène un menu immense aux échos japonisants qui sème le trouble dans son esprit déjà embrumé par la faim.

À la vue du bento du voisin, nous demandons de quoi il s’agit. Du porc braisé dont le jeune homme affirme qu’il est très bon. Et son amie d’ajouter qu’ici tout est bon, hormis le bœuf.
Pour ne pas prendre de risque, je commande à mon tour le cochon et sa sauce sombre. Mon acolyte ignore la recommandation….

Les plateaux sont servis plus vite que Lucky Luke ne dégaine.
Je me disais déjà que la longueur de la carte indiquait que tout ne serait pas frais, je suis désormais quasi sûre que les plats sont cuisinés d’avance. Je ne veux pas penser au nombre de jours où ils restent entreposés !

Chikoja 2

Chikoja 1

Chikoja 3

Je dépose aussitôt un morceau de viande sur ma langue… . .. ……. … . .. Surprenant est le premier mot qui me vient. Les cubes sont de petits millefeuilles de gras et de chair. Je les croyais sautés, ils sont sans doute bouillis. Au lieu de croustiller, la couenne fait une couche épaisse que traverse la dent. J’ai l’impression de croquer dans de la moelle ! Lorsque ma molaire rencontre la strate inférieure, la texture s’apparente à celle de la macreuse du pot-au-feu : flasque.
Il ne faudrait point compter sur la sauce pour relever le niveau. Des tâches d’huile flottent à la surface du liquide brun-noir. Mon assiette me rappelle l’Erika !

Les mandus (raviolis coréens) sont au nombre de 4 ce qui est plutôt généreux pour un bento. Ils ont un faux air de gyoza. Malheureusement la farce n’a aucun goût. Ils auraient aussi bien pu faire frire un simple morceau de pâte !
La salade n’a rien d’asiatique : une tomate cerise, de la batavia et du maïs avec une petite saveur de liquide vaisselle.
Les vermicelles de riz ont subi les dommages collatéraux de la marée qui a touché la viande : ils baignent dans le gras.

À voir la tête de mon camarade de galère, le bœuf aussi est fameux ! J’en attrape une baguettée (y a bien fourchetée) et constate que, les yeux fermés, j’aurais confondu avec du papier crépon.

Quel merveilleux repas ! Quelle fantastique idée que de tester un nouveau restau rue Saint Anne ! Mais aussi, coup de gueule oblige : comment quiconque peut-il dire qu’il a bien mangé chez Chikoja ?! Je donnerai cher pour savoir de quoi se nourrissent ceux qui clament que « tout est bon ici, sauf le bœuf » !! Vous sucez des cailloux chez vous ou quoi ?!

Bon, vous aurez compris que si je donne l’adresse de cet établissement, c’est pour que vous en restiez le plus loin possible.

Chikoja 5 Chikoja 4

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