Professeur Xavier

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Mommy est sorti depuis 7 semaines. C’est le temps qu’il m’a fallu pour me résoudre à aller le voir.
Car plusieurs choses me rebutaient. D’abord la durée (2h18), qu’on ne case pas facilement dans la semaine et puis le sujet : les rapports mère-fils que Dolan traite quasi systématiquement, Œdipe à la boutonnière.

Encore un drame, encore des cris, encore des larmes, une mère courage et une bonne morale pour nous rappeler de prendre soin de nos parents. Pfffffff ça ne me disait vraiment rien !
En même temps, difficile d’ignorer les retours dithyrambiques des copains, sortis bluffés par le jeune réal et de la presse qui semble vouloir lui ériger une statue.

Dans la salle, je ne suis pas étonnée de regarder le film par le trou de la serrure, une amie emballée m’ayant dévoilé le secret du format de l’image.
Le cadre est vite posé : famille de white trash dans une banlieue sage, langage fleuri (et sous-titres obligatoires), violence, mégots, alcool, difficultés relationnelles…

J’ai peur du scénario. Peur que ça tourne à l’affreux mélo que je redoute.
Mais l’image me rassure. Je m’attendais à des mouvements de caméra à l’épaule bordéliques, à un grain dégueulasse à la Gus Van Sant et pas du tout. Tout est fluide, net, pas d’abus de gros plans. Je commence à me détendre…

…Mais pas pour longtemps : ce gosse m’exaspère ! La façon dont il parle, les grimaces puériles qu’il fait, sa provoc à 2 balles, ses crises de nerfs… Évidemment avec une mère qui fait limite des doigts à la directrice de l’établissement qui le gère, il aurait difficilement pu se comporter autrement mais j’ai juste envie de le ligoter et même de lui faire mal !
En revanche et contrairement à ce qu’on m’avait dit, la violence ne me suffoque pas.

Mon agacement se calme à l’arrivée de la voisine, petit souffle d’air frais qui va complètement changer la donne pour moi (comme pour eux). J’ai découvert en la personne de Suzanne Clément une actrice impressionnante. La puissance de ses expressions, de ses regards est phénoménale alors que les variations sont si ténues ! Son petit rire nerveux, la façon dont elle passe frénétiquement la main dans ses cheveux lorsqu’elle est troublée, la fragilité qu’elle apporte au personnage… subtiles merveilles.
Cela confère d’autant plus de puissance à la scène du placage (je n’en dirai pas plus pour ne pas vous spoiler) et là, pour moi, une vraie intensité.

Scénaristiquement parlant, j’ai regretté que la situation évolue positivement si vite (un poil trop). Et comme si Xavier Dolan avait lu dans mes pensées, il nous montre le futur fantasmé de cette cellule familiale recomposée…
…Avant de tout saccager à la machette !

Côté technique, les ralentis, utilisés à 4 ou 5 reprises (ce qui aurait pu lasser) sont d’une beauté presque nostalgique ! Celui où l’on laisse les héroïnes toutes à leur fou rire pour s’éloigner sur la pointe des pieds par la fenêtre… Les teintes violettes, le vent qui soulève les vêtements qui sèchent sur la corde à linge… Un moment de répit. Magnifique. Apaisant.

Un grand grand merci pour ne pas avoir pris le public pour des abrutis. Les raisons qui poussent la voisine à s’investir puis à s’effacer restent telles qu’elles doivent être : personnelles, à peine suggérées.
Merci donc d’avoir camouflé les ficelles et assuré une telle direction d’acteurs.

Si je ne suis pas sortie aussi bouleversée que mes amis je suis heureuse d’avoir rencontré un réalisateur avec un souci cosmétique aussi ancré, un joli talent de monteur et une belle façon de raconter une histoire… au demeurant assez banale.

Chapeau bas !

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