Et Sade se retourne dans sa tombe

J’assume parfaitement le fait d’avoir lu 50 Shades of Grey et de m’endormir avec le deuxième tome depuis quelques semaines. C’est une série de bouquins sans prétention, drôle, émoustillante, et qui pour sûr vous sort de votre quotidien pour peu que vous ne vous appeliez pas DSK. Alors c’est vrai que lorsque je lis des extraits de la version française, je trouve ça gnan-gnan et mal tourné… Et je me demande encore pourquoi on a pas fait appel à moi pour la traduction ! Parce que franchement, j’aurais mieux rendu la tension (sensuelo-sexuelle forcément) de l’original et aurais bossé les dialogues pour qu’ils soient plus réalistes.

Ce que j’assume moins en revanche, c’est d’être allée voir le film hier, dès sa sortie en France… Le teaser (là, c’est le bon mot) était plutôt évocateur et m’avait donné envie – ainsi qu’à une autre afficionados – d’en voir davantage. Soyons clair, quand je dis davantage, je parle surtout du joli petit corps de Jamie Dornan repéré il y a un bail alors qu’il n’était que le boyfriend de Keira Knightley. Mais outre le physique attractif du jeune éphèbe, j’étais curieuse de retrouver ce personnage envoûtant de Christian Grey pour voir s’il ferait autant d’effet à mes pupilles qu’à mon imaginaire.

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Ce fut la guerre à l’UGC Ciné-cité des Halles !! Arrivées plus d’une heure avant la séance de 19h30, nous étions déjà face à une immense queue (si, j’étais obligée). Tiens donc, 98% de filles, étonnant ! Pas rebutées pour autant, nous nous frayions un chemin jusqu’aux machines pour prendre nos places.
Ah ben voilà : COMPLET ! Heureusement, il y avait une seconde projection à 20h10… WTF?! Complète aussi !!! Que faire ? Rentrer chez nous dépitées ? Rejoindre les rangs d’un autre cinéma ? Branlebas (puisque je vous dis que c’est la thématique) de combat, appli UGC à la rescousse, je scanne les autres salles alentours. Bercy, séances de 19h, 20h et 21h45 bouclées ! Bon… Opéra, des dispos à 22h30 m’enfin on a pas mangé et ça va se terminer à 1h du mat’…

Une idée germe dans mon esprit maléfique : et si on attendait que les réservations tombent 10mn avant le début de la séance ? Chez les fauves, il faut arriver à temps si l’on veut avoir sa part de viande. C’est parti pour un étrange manège : se placer dans la file d’attente en espérant arriver au guichet juste à la bonne heure. Stratégie : laisser passer quelques badauds pour ne pas se casser les dents sur le guichetier qui annonce qu’il faut revenir dans 2 minutes.

Un tour. Deux tour. On dirait qu’on a chopé le pompom ! Ca y est 48 places sont remises en jeu. Et j’arrive à en bloquer 2 depuis mon mobile. Ne reste plus qu’à les récupérer aux automates ! Argh, ça ne marche pas ! J’ai beau présenter le flashcode, ma carte, mes empreintes digitales, rien n’y fait. Retour devant la détentrice du sésame qui nous assène que la résa n’a pas fonctionné. Nous sommes vaincues pour la bataille de 19h30 mais il reste l’espoir de 20h10. Et le balais reprend à l’étage du dessus, avec un homme cette fois (on ne sait jamais).
A 20h, cartes dégainées nous sommes sûres que ça va passer. Grrrr il faut encore attendre 5 minutes… Le Monsieur a compris l’urgence qui nous habite (ok j’arrête) et nous propose de rester sur le côté de sa banque pour nous délivrer du mal dès que les fauteuils seront vacants.
Et il tient promesse ! Nous obtenons les billets et nous ruons nous agglutiner à la masse entassée devant le cordon final. 

Là, nous partageons nos angoisses : moins de 12 ans ! Comment est-il possible qu’un film sur le SM soit interdit au moins de 12 ans ?! Oh la la ils nous en ont fait un Disney, c’est sûr ! Nan c’est parce que tout le monde connaît le sujet, pas la peine de censurer : les gens savent bien qu’il ne vont pas y amener leurs gosses… On se rassure comme on peut.
Les portes s’ouvrent et les spectateurs courent tels des spermatozoïdes vers l’ovule. Pas de pitié, quitte à vous piétiner, ils auront la meilleure place. 

Nous nous en sortons relativement bien. Encore que Jamie risque de porter sérieusement à droite de notre point de vue. Très peu de pub, une seule bande-annonce. Fondu au noir. Ca commence.
Et ce qui devait arriver arriva !

Une C.A.T.A.S.T.R.O.P.H.E !!! La pire adaptation que le cinéma ait jamais porté. La réalisatrice, une britannique répondant au nom de Sam Taylor-Wood, n’a que 3 films à son actif et pour cause ! Elle n’a rien compris à la choucroute. Sa direction d’acteur est lamentable : les pauvres Dakota Johnson et son acolyte ne savent pas quoi faire de leurs bras qu’ils laissent ballants pendant la plupart des scènes. Aucune alchimie, aucun charisme, même le beau Jamie ne suscite rien de plus que de la pitié. Ont-ils seulement lu le livre ?
Tout est condensé, la sauce n’a pas le temps de prendre. Les évènements s’enchainent comme autant d’anecdotes qui, sans lien, ne veulent absolument rien dire. Les personnages restent superficiels, sans âme, sans sentiment aucun. 

Je peux comprendre que la voix off relatant les pensées d’Anastasia aurait été lourde mais son regard n’a pas un instant pour montrer qu’elle analyse, qu’elle interprète les moindres faits et gestes de Christian. Où est passé son répondant, son effronterie ? Elle est là, mollassonne, petite voix faible, soumise dès la première minute alors que c’est justement ce qui la différencie des autres femmes dont le milliardaire a croisé la route et la raison pour laquelle il s’attache (!) à elle.

Milliardaire, parlons-en ! On y croit pas une seconde. Avec son pull sorti du Père Noël est une Ordure et son manque de prestance, Christian semble avoir loué sa bagnole pour la soirée et squatté un apart Air BnB pour impressionner sa belle. Facile de savoir quand il bosse : il tient un stylo ! Quand il présente la cérémonie des diplômes d’une université, en bon mécène, il pose ses mains sur un pupitre et dans sa Red room of pain, il passe presque autant qu’elle pour une oie blanche.

Les dialogues sont pathétiques. On croirait une parodie. La musique est si présente qu’on a l’impression d’être calé devant un clip de 2 heures. Pendant les scènes « intimes » (oh punaise j’ai vu son orteil), le public rit à gorge déployée ! Dans les intervalles, on entend des commentaires consternés. C’est un naufrage. Le vide intersidéral je vous dis. Personne ne s’en sort vivant, pas même Marcia Gay Hayden qui a eu la mauvaise idée de s’embarquer dans l’entreprise. Précisons à ce propos que la mère de Cristian est blonde, que cela est indispensable à l’histoire et qu’on nous a casé une brune dans ce rôle ! Quant à Mia, la petite soeur, qui est allé cherché Rita Ora ?! Le même directeur de casting qui a eu l’idée d’en faire un clone de Berenice Bejo dans The Artist ?

Que vous dire de plus… A part qu’il faut assassiner le monteur qui ne connaît d’autre technique que le « cut » et expliquer à tout ce petit monde que pour ajouter au réalisme du film, ils auraient pu se passer de coller à Anastasia une mère qui n’a que 10 ans de plus qu’elle…
Bref, tuons ce bébé dans l’oeuf pour éviter s’il vous plait qu’il ne nous sortent le petit frère dans deux ans ou je m’exile en Inde et deviens fan des comédies musicales de Bollywood !

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