FOXCATCHER (non non pas le pain italien)

Il y a des films qui ratent leur sortie. Peu de promo, pas de bande-annonce (en tout cas, pas diffusée au ciné), aucun écho et résultat, salle minuscule dans les multiplexes. 
Mais quelle affiche quand même ! Channing Tatum, Mark Ruffalo et Steve Carell méconnaissable…

Foxcatcher

Vous allez me dire, à part se tortiller dans Magic Mike (oh oui) ou squatter les lycées dans 21 jump street (oh non), qu’est-ce qu’il a fait de bien ce Tatum ? Eh ben regardez Stop Loss de Kimberley Peirce (aussi responsable du fantastique Boys don’t cry), on en reparle après.
Que dire de Mark Ruffalo… à mon grand dam vous risquez de ne pas le connaître. Pourtant ses seconds rôles sont assez épatants. Shutter Island, Zodiac et surtout In the cut, le mec sait tout jouer avec ce naturel qu’ont les très grands. Le voir évoluer dans Foxcatcher c’est confirmer qu’il n’a pas encore la carrière qu’il mérite. 

Quant à Steve Carell, il est surtout célèbre pour ses rôles comiques notamment à la télé dans Saturday Night Live ou en alter ego de Ricky Gervais dans la version US de The Office. En 2011, on entrevoit une facette moins absurde de son jeu, plus en nuances, dans Crazy Stupid Love. Il est ici magistral de souffrance, de sadisme et surtout d’ambiguïté.

Le thème premier du film (un sport de bourrins appelé lutte) n’est pas spécialement glamour. Je vous rassure, ce n’est qu’une toile de fond : sous couvert d’affrontements physiques s’exercent des forces infiniment plus psychologiques. 
Le pitch est assez éloquent : un homme en manque de reconnaissance, nanti par descendance, essaie d’obtenir l’attention de celle qui le délaisse en se lançant le pari fou de coacher un sportif de province et d’en faire LE recordman de sa discipline. 
Son poulain (comprendra qui a vu le film), qui traine ses propres casseroles, ne vit que dans le regard admiratif de son mécène et tremble de le décevoir. Ils s’apportent mutuellement ce dont ils ont besoin… L’espace d’un instant. Car on se rend compte rapidement que tout n’est que manipulation plus ou moins consciente.

Le pygmalion projette sur son protégé sa douleur autant que ses rêves d’indépendance. Il se libère par procuration. Si son élève parvient à se détacher de l’influence (positive) de son frère, s’il réussit tout seul, alors lui-même sera débarrassé de l’emprise de sa mère et de son empire qui l’écrase. L’ascension, bien que tortueuse et toujours malsaine est aussi grandiose que l’est la chute. 

Lorsque l’objet de convoitise du mentor disparaît, quand il n’a plus l’espoir de satisfaire enfin sa génitrice, d’être digne de son amour, il cherche à s’incruster dans une autre famille mais, se sentant à nouveau rejeté, il sombre dans la folie.
Dans son affreuse déchéance, il entraîne les 2 frangins, dommages collatéraux des non-dits.

Car outre la photo et la musique qui doivent être soulignée, le brio de ce film réside dans ses silences. Le rythme et les pauses des dialogues laissent toute la place à l’analyse, à la réflexion et amplifient la portée des sentiments.
On n’excuse rien mais on comprend tout. On est dans l’empathie face à ce monstre d’égoïsme qu’incarne Carell, on se rebelle comme Tatum à l’orgueil blessé, on adule le comportement de Ruffalo, parfait grand frère et père attentif… tout ce que d’autres meurent d’envie d’être. 

Je n’ai qu’un mot à dire (après les 552 précédents)
Allez-y, VITE !

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