Missing star

Je vais souvent à l’Etoile Manquante car depuis que la cantine d’Antoine et Lili au bord du canal St Martin a fermé, c’est le seul endroit où j’aime savourer un bon chaï.
En revanche, je n’aurais jamais songé à y manger une pâtisserie.
Et pourtant, un après-midi où nous nous étions rejoints dans le Marais et qu’il était affamé, F. commande un cheesecake. « Il est comment ici ? » S’enquiert-il. Ah ben aucune idée, je ne savais même pas qu’ils proposaient autre chose que des boissons !

Pas aventureuse pour un sou, je m’en tiens à ma théière habituelle… Et commence à baver quand l’assiette arrive.
La part est conséquente. La texture a l’air mousseuse à souhait.
F. – dans toute sa bonté – me fait prestement goûter. Wow ! Si on ne m’avait pas bien élevée, je lui arracherais sauvagement les couverts des mains et dévorerais le dessert jusqu’à la dernière miette puis lécherais consciencieusement le plat pour ne rien laisser de la divine crème. Mais le boulot ayant été bien fait, je me contente de le regarder avaler bouchée après bouchée pendant qu’il raconte une anecdote dont je n’entend pas un traitre mot, trop occupée à me remémorer la délicieuse sensation du citron vert sur ma langue.

La journée se termine, je finis par passer à autre chose en me promettant de revenir engouffrer une douceur rien qu’à moi au plus vite.
Et puis les semaines filent, les souvenirs se compressent pour laisser de l’espace disque à toutes les autres pensées, et voilà le régal de l’Etoile Manquante enfoui sous une couche de sédimentation.

Jusqu’à ce samedi après-midi où mon amoureux ravive ma mémoire sensorielle : « Et si on allait manger un cheesecake dans le Marais ? »
Mais OUI ! Comment ai-je pu passer outre l’intense frustration, oublier jusqu’à l’existence du Précieux ?! 
Quand je vois le serveur arriver avec, je suis en transe.
On croirait  Meryl Streep suintant de désir pour Clint Eastwood dans Sur la route de Madison. C’est tout juste si je parviens à retenir mes larmes. Non, j’exagère (à peine) je vous rassure mais disons que l’anticipation est grande. 

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Le coulis de kiwi, pas indispensable

 

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Tout juste le temps de prendre la photo qu’il a déjà été entamé !

 

En réalité il n’y a qu’un gâteau pour 2 (parce que 7€ c’est pas non plus bon marché). Je plante la cuillère.
Le sablé cède difficilement. Chouette pas de spéculos détrempés mais une vraie pâte, épaisse, proportionnée à la quantité de crème. La mousse s’évapore dans ma bouche. C’est comme si j’absorbais des flocons agglomérés. Tout juste le temps de les sentir qu’ils disparaissent aussitôt. Une parcelle de nuage parfaitement sucrée et citronnée, ni acide ni écœurante. Le contraste de textures est impeccable.
Je n’ai pas d’autre mot que sublime ! Quand je pense que je suis obligée de partager… 

Mais quelque chose m’intrigue : le serveur est arrivé par l’extérieur,  depuis la terrasse… L’objet de mon affection ne serait-il pas fabriqué sur place ? Le cas échéant, est-il possible d’en acheter une part à emporter ? Ou 2 ? Ou le cheesecake entier ?
Ben si, des fois on fête des anniversaires aussi, c’est pas pour se bâfrer toute seule devant une saison de Penny Dreadful avec un thermos de thé, un plaid et des chats… Loin de moi l’idée d’imaginer une telle orgie ! 

Le mystère est résolu quand nous quittons le café : une affichette (dont je n’avais jamais remarqué l’existence) indique sur le côté de la bâche la présence d’un restaurant en enfilade. La façade de couleur différente, brouille les pistes mais maintenant que je sais, il y a de fortes chances que vous voyiez bientôt un post sur ledit restau !

En attendant que je mesure la qualité du salé, suivez mon conseil : offrez-vous le plaisir à la cuillère. 

L’Etoile Manquante
34 Rue Vieille du Temple
75004 Paris

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