Ga(spa)r à tes fesses !

Pendant que la presse se demande s’il faut aller voir Love, quel est le message du réalisateur-scénariste (ou s’il y en a un tout court), quelles névroses l’animent ou pourquoi il dépasse toujours les bornes des limites (Maurice/Gaspar même combat), moi j’ai juste pris 2h de mon week-end pour aller voir son film. 

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Certes je n’ai pas daigné aller trop loin de chez moi mais en même temps je n’ai pas estimé nécessaire de le visionner sur un écran de 30×50 mètres avec son machintruc et pop corn. Et puis, un samedi aux Halles à 21h, je le sentais moyen niveau public…

A la caisse du Cinéma des Cinéastes, l’accueil est déplorable. On ne vous dit ni bonjour ni merde. D’ailleurs c’est tout juste si on lève la tête (des fois que je sois Médusa, mieux vaut éviter le moindre échange de regards, t’as raison). On nous délivre du bout des lèvres que la caisse n’ouvre que dans 5mn et que pour cette salle-là c’est pas la peine de revenir avant 1/2h. Et vendre un ticket aux 4 personnes devant toi, ca te ferait sortir un sapin par le Q ?!
Bref, faut rester peace pour aller voir Love alors allons respirer l’air pur de la Place Clichy.

De retour, on nous fourgue une énième paire de lunettes 3D qui a la particularité d’être active… Dans le contexte, ça prête à sourire.
Dans la salle, c’est une grande majorité de couples à l’exception d’un groupe de nanas derrière nous. Forcément, qui irait mater un truc pareil avec sa mère ?!
Le film s’ouvre (…) sur une scène intime entre deux amants, bien explicite. On est direct dans l’ambiance. Ils prennent leur temps mais arrivent à leurs fins.

Puis on retrouve le mec (Murphy) dans un autre environnement, avec une autre fille et un enfant. Il peste. Son téléphone sonne. Les flashbacks commencent.

Comme irréversible, l’histoire se découvre à reculons, en quittant le glauque pour aller vers le beau. On comprend petit à petit ce qui a mené à la présente situation que Murphy a l’air de haïr. Murphy est incarné (quand on sait qu’incarner vient de carne autrement dit chair, c’est vraiment le mot juste) par un Ricain dont on a guère entendu parler. Il aurait participé à des longs-métrages jamais sortis en France.
Au début, je le trouve assez vilain. Je suis un peu déçue de devoir supporter son physique pendant 2 heures. Et puis, au fur et à mesure, je commence à changer d’avis. Son personnage en revanche est franchement détestable. Pleutre, menteur, jaloux, il cumule les défauts les plus exaspérants. Sa voix, qui intervient en off, m’irrite aussi quelque peu mais comme son apparence, elle révèle son pouvoir hypnotique progressivement. 

Electra, la jeune femme avec laquelle on le voit dans le premier plan, a un prénom d’actrice porno ou de 3615. Son regard est pénétrant (oui je sais), son attitude désinvolte et libérée. On ne sait pas où on met les pieds (je fais exprès) avec elle. Là aussi, la belle n’a pas une longue carrière cinématographique et personnellement je peux comprendre pourquoi car, par moments, son jeu sonne carrément faux. Elle aurait été mannequin ce qui est tout à fait crédible et justifierait qu’on l’ait castée : sa plastique étant, à minima, irréprochable.

Leur histoire, si elle semble passionnée au lit, l’est peut-être moins dans les sentiments. C’est le petit truc qui cloche selon moi. Murphy et Electra sont censés être amoureux fous mais hors du pieu, je ne trouve pas leur relation très chaude. Leurs corps s’arc(he)-boutent à l’unisson certes (très souvent et pendant des plombes) et ils mènent leur ébats jusqu’aux confins de leurs possibilités respectives mais je n’ai pas ressenti la vibration, l’émotion, la tendresse, la frustration, la colère, la détresse qui caractérisent l’amour absolu qu’ils sont supposés vivre.

C’est sans doute du aux personnages eux-mêmes qui se veulent trop iconiques pour être honnêtes. Mi-perdus mi-blasés, 100% parisiens, ils deviennent parfois agaçants. Il se produit dans ma tête la même chose que lorsque Woody Allen fait jouer son propre rôle par un autre : on ne voit que lui. Noé ? – Oui c’est moi !

Évidement, le propos est toujours aussi pessimiste : il n’y a pas de bonheur possible, nous sommes tous maudits des glandes et nous crèverons seuls comme des chiens. 
Rien de nouveau donc sous le soleil noir de Gaspar. D’ailleurs l’histoire qu’il raconte a déjà été narrée par d’autres des millions de fois mais Noé la transcende esthétiquement parlant. Dieu (rooooh) que l’image est belle ! Les lumières qu’il pose sur ces corps qui adoucissent le cru des images, les ombres qu’il dessine, les flash noirs qu’il distille et qui donnent du rythme à la langueur du film. Les cadrages aussi. Des plans serrés sur les visages au travelling arrière dans un café (la meilleure séquence de l’ensemble), c’est simplement sublime ! 
La 3D en revanche… pas compris.

On sort de la salle avec une puissante envie de rejoindre un lit pour certains, une état entêtant proche du tournis pour d’autres et pour tous de quoi faire enfler (c’est la dernière) la polémique.

Mon conseil : à voir, juste parce que.

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